« Rome a accueilli 33 475 369 pèlerins en 2025, bien au-delà des 31 millions attendus. »
Une Année sainte laisse toujours des traces dans Rome : des chantiers, des habitudes, des souvenirs. Celle de 2025 a laissé aussi des chiffres, et ils sont vertigineux. Le Jubilé est terminé, les portes saintes sont refermées, mais la ville n'a pas retrouvé le calme pour autant. La vraie question de 2026 n'est plus « combien viendront ? », mais « comment accueillir autant de monde sans abîmer ce qu'on vient voir ? ».
Le bilan du Jubilé en chiffres
Lors de la conférence de presse de clôture, Mgr Rino Fisichella a annoncé que Rome avait accueilli 33 475 369 pèlerins venus de 185 pays, contre 31 millions prévus. Ce chiffre, relayé le 5 janvier 2026 par le site du Commissaire du gouvernement pour le Jubilé, dépasse largement les prévisions. Le maire Roberto Gualtieri, également commissaire, a présenté dans le même temps le bilan des chantiers : sur 332 interventions, 204 étaient terminées ou partiellement terminées, et 90 % des ressources avaient été dépensées pour les travaux essentiels et non reportables.
Du côté de l'hébergement, L'Agenzia di Viaggi Magazine rapporte, d'après l'Ebtl (organisme bilatéral du tourisme du Latium), que Rome et sa province ont enregistré en 2025 27,7 millions d'arrivées (+3,6 % sur 2024) et 62,9 millions de nuitées (+3,1 %). Pour le début 2026, le même média cite des hausses de 3,8 % des arrivées et de 2,8 % des nuitées à Rome, sans préciser la source de ces deux chiffres : on les lira donc comme un indice de tendance plutôt que comme une donnée définitive. L'effet « lendemain de Jubilé » que certains professionnels attendaient, par analogie avec 2001, semble donc au moins ne pas s'être transformé en chute.
La fontaine de Trevi devient payante
Le symbole de ce nouveau chapitre est la fontaine de Trevi. Selon Il Post (1er février 2026), depuis le lundi 2 février 2026, les touristes doivent payer un billet de 2 euros pour accéder à la zone proche du bassin. Les résidents de Rome, les personnes en situation de handicap et les guides touristiques entrent gratuitement. Le billet vise, selon l'article, une gestion moins chaotique des visites. À titre de repère, le journal rappelle que plus de 10 millions de personnes ont visité la fontaine entre décembre 2024 et décembre 2025, soit environ 30 000 par jour en moyenne, et que la ville limitait déjà depuis fin 2024 la présence à 400 personnes simultanément.
Le détail compte : toujours selon Il Post, la zone payante est ouverte de 9 h à 22 h (à partir de 11 h 30 les lundis et vendredis), et la fontaine reste visible gratuitement après la fermeture. Il ne s'agit pas de fermer Rome, mais de réguler un point de saturation. Reste à voir si cette logique sera étendue à d'autres sites : à ce stade, nous ne disposons pas d'une source officielle l'annonçant, et nous ne l'affirmons donc pas.
Un héritage de pierre et de béton
Le Jubilé a aussi transformé la ville physiquement. Selon Rome Future Week (3 juin 2026), le projet du passage souterrain de la Piazza Pia, doté de 85 millions d'euros, doit créer un cheminement piéton continu entre le château Saint-Ange et la basilique Saint-Pierre le long de la via della Conciliazione. Le même média indique que le programme « Caput Mundi », financé par le PNRR à hauteur de 500 millions d'euros, porte sur 335 projets dans 283 sites archéologiques, monumentaux et culturels, dont les marchés ont tous été attribués. Il note aussi que, parmi les 332 interventions du Jubilé, environ 70 % étaient en cours ou achevées et environ 30 % en retard : le bilan est réel, mais inégal.
Une ville qui monte en gamme, une ville qui s'inquiète
Le marché hôtelier suit. Selon Scenari Immobiliari, cité par L'Agenzia di Viaggi Magazine, les investissements hôteliers à Rome ont atteint environ 2,5 milliards d'euros en 2025, en hausse de 25 % sur 2024. Le journal ajoute, d'après le Corriere della Sera, que 14 ouvertures d'hôtels de luxe sont attendues en 2026. Rome monte en gamme, et la clientèle internationale reste au rendez-vous : une dirigeante d'Unindustria indique qu'à la mi-mai, aucune baisse significative des réservations étrangères n'était enregistrée.
Mais cette réussite a un coût, et les mêmes sources le disent. Le Corriere della Sera, cité par L'Agenzia di Viaggi Magazine, résume : « La mole di turisti porta soldi, ma affatica la città » (la masse de touristes apporte de l'argent mais fatigue la ville). Circulation, transports, centre historique saturé, locations de courte durée spéculatives : les habitants ne vivent pas toujours la même Rome que les visiteurs. Un séjour réussi à Rome en 2026 est un séjour qui sait éviter les pics.
Comment raconter Rome autrement
Pour les professionnels comme pour les voyageurs, la leçon du Jubilé est simple : Rome ne manque pas d'attraits, elle manque de temps et d'espace aux heures de pointe. On peut proposer des séjours plus longs, des horaires décalés, des quartiers moins photographiés, de Testaccio au Quartiere Coppedè, ou de l'Appia Antica à la périphérie, et construire des escapades d'une journée vers le Latium ou, pourquoi pas, vers l'Ombrie voisine. Le billet de Trevi n'est pas un obstacle ; c'est un rappel : la Ville éternelle se partage, et ceux qui l'apprécient le plus sont ceux qui acceptent de la regarder autrement.
Sources : Commissaire du gouvernement pour le Jubilé 2025 (commissari.gov.it, reprise LaPresse), « Giubileo : in 2025 a Roma oltre 33 mln persone, modello da replicare », 5 janvier 2026 ; Il Post, « Da lunedì i turisti dovranno pagare un biglietto per visitare la Fontana di Trevi a Roma », 1er février 2026 ; L'Agenzia di Viaggi Magazine, « Roma fa i conti con l'overtourism post Giubileo », 19 mai 2026 (données Ebtl, Camera di Commercio di Roma, Scenari Immobiliari) ; Rome Future Week, « Roma punta al futuro : cosa ha lasciato il Giubileo 2025 alla città », 3 juin 2026 ; LaChirico.it, « Roma, il turismo dopo il Giubileo : come sarà il 2026 », 7 janvier 2026.

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